Drive, The Artist, Polisse : 3 films qui comptent !

Rentrée sur les chapeaux de roues dans les salles obscures avec les 3 films majeurs du moment, couronnés chacun d’un prix lors du dernier Festival de Cannes : l’hypnotique « Drive », de Nicolas Winding Refn ; l’audacieux « The Artist », de Michel Hazanavicius ; et le très attendu « Polisse » de Maïwenn.

Trois films, trois genres différents : thriller lancinant et stylé pour le premier, mélo intégralement muet et en noir et blanc pour le second, et drame quasi documentaire pour le dernier. De quoi donc satisfaire divers goûts et curiosités.

Commençons par l’américain Drive, prix bien mérité de la mise en scène à Cannes, qui met en lumière l’acteur super « in » de cette année, Ryan « hot » Gosling, qui affiche pas moins de 4 films à son compteur en 2011 et est devenu le chouchou de la presse et de ses dames !

Ryan incarne un personnage solitaire et mystérieux, dont on ne saura d’ailleurs pas grand-chose jusqu’à la fin du film, pas même le nom, au spectateur donc d’imaginer ce qu’a bien pu être son passé.  Cascadeur le jour et mécanicien dans un garage, il sert parfois de chauffeur la nuit à des malfrats en suivant des règles bien précises qu’il a lui-même érigées. Sa rencontre avec sa voisine de palier, élevant seule son fils avec un mari en taule, va tout bouleverser …

La séquence d’ouverture du film donne le ton et vaut à elle seule le détour : on est totalement happé par le rythme insufflé à la scène, superbement soutenu par la bande originale – qui tourne depuis en boucle dans mon MP3 – et les plans de Los Angeles la nuit, magnifiquement mis en images par Thomas Sigel (chef op de Bryan Singer), qui vous donnent juste envie de vous asseoir sur le siège passager et de vous laisser embarquer …

Les références aux films de genre sont totalement assumées, de Michael Mann à  Cronenberg , en passant par Tarantino ou Gaspar Noé pour l’ultra violence de certaines scènes. Car si Drive affiche un rythme assez lancinant, voir parfois lent, renforcé  par une économie de dialogues (27 mots prononcés en tout et pour tout par Ryan Gosling), il bascule d’un coup en film de baston ultra burné déconseillé aux âmes sensibles, où les malfrats se font littéralement « défoncer la gueule », contrastant totalement avec la douceur des scènes entre The Driver et Irene, magnifiquement incarnée par Carey Mulligan, actrice à suivre de très près elle aussi.

Au-delà des plans superbes et des scènes de course poursuite magistralement chorégraphiées, la  force de Drive réside surtout dans le choix de son acteur principal, Ryan Gosling donc, qui magnétise la pellicule. Il lui suffit d’un cure-dents entre les lèvres, d’un sourire au coin de la bouche et de le voir se mouvoir avec son déjà culte blouson à dos de scorpion pour être envoûté. Il bouffe littéralement l’écran et son histoire d’amour maudite avec Carey  Mulligan, toute en non-dits et bien plus suggérée que montrée – chose rare à Hollywood – , est emplie d’une sorte de poésie tragique qui fait de Drive bien plus qu’une série B, mais un véritable film d’auteur. Foncez-y !

[youtube uleGd_xXuo4 600 350]

Passons à The Artist, de Michel Hazanavicius, fantaisie faisant figure d’ovni dans le paysage cinématographique, car dépourvu du moindre dialogue et tourné en noir et blanc, nous faisant ainsi revivre l’âge d’or des films muets et du vieil Hollywood. En-dehors des 2 acteurs principaux, le film est d’ailleurs interprété par des comédiens américains, que vous vous amuserez à reconnaître.

The artist est George Valentin, star du muet, dont la carrière va s’achever avec l’arrivée du parlant. A l’inverse, celle pour laquelle il a eu un véritable coup de foudre, Peppy Miller, devient une star. On suit dès lors l’inexorable chute de l’un et ascension de l’autre.

Ai-je aimé The Artist ? Oui et non. Il faut reconnaître au réalisateur et à son producteur de s’être embarqués dans ce pari hautement risqué de faire un film muet à l’heure de l’ultra communication, pari plutôt réussi vu son succès d’ailleurs. Peut-être est-ce l’habitude du parlant mais le film m’a semblé tout de même un peu long, le déclin de George Valentin s’étire un peu trop à mon goût et quelques scènes auraient pu être supprimées. Néanmoins le film est plein de fougue, à l’image de ses 2 interprètes principaux : Jean Dujardin, belle référence à Douglas Fairbanks, est tour à tour charmeur, séducteur, comique, puis pathétique, et bénéficie d’une riche palette d’émotions lui ayant value le prix d’interprétation à Cannes ; et Bérénice Bejo, tout sourire et pleine d’entrain, donne de la légèreté à son rôle de femme à la fois star malgré elle mais carriériste, plutôt avant-gardiste d’ailleurs.

The Artist est touchant de par l’accent mis sur la condition même de l’Artiste, qu’il soit comédien, musicien, peintre ou autre, qui peut être adulé un jour et mis à l’écart tel un vieux croûton le lendemain car producteurs et médias  en ont décidé ainsi. Le public lui malheureusement suit, contraint ou non, et d’une « star » passe à une autre. D’autant plus vrai de nos jours à l’ère de la téléréalité et de la surexposition médiatique.

La scène de fin vaut elle aussi le détour, superbe hommage aux comédies musicales qui firent la gloire de Fred Astaire et Ginger Rogers, Dujardin et Bejo sont tout simplement épatants et leur complicité est belle à voir ! Mention spéciale aussi à la véritable star du film, comédien à quatre pattes qui sait mourir en toute beauté : Uggy, qui joue le chien de Dujardin et lui volerait presque la vedette !

[youtube O8K9AZcSQJE 600 350]

Pour finir, mon dernier ticket acheté fut pour Polisse, que j’avais hâte de voir depuis l’annonce de sa sortie. Et bien je n’ai pas été déçue, Maïwenn confirme la bonne impression qu’elle m’avait laissée avec son précédent long, « Le Bal des Actrices », notamment son talent pour diriger une troupe de comédiens d’horizons différents.

Ce Polisse, qui suit le quotidien d’une brigade de policiers de la protection des mineurs, au travail et dans leur vie privée,  aurait pu vite tomber dans le docu sujet de société à diffuser sur France 3, mais le talent de Maïwenn est de parvenir à en faire un véritable film, de par son montage nerveux et sa formidable direction d’acteurs.

Tous sont épatants et parviennent à réellement exister à l’écran, de « Sue Ellen », incarnée par  Emmanuelle Bercot, avec qui Maïwenn a co-écrit le scénario, à bien évidemment LA star du film, Mr Joey Starr, que la réalisatrice a filmé avec un regard amoureux qui transperce la pellicule. Sa présence au casting d’un film parlant de flics avait suffit à faire le buzz, mais Didier Morville (de son vrai nom) confirme ses talents de comédiens déjà à l’œuvre dans « Le Bal des Actrices ». Un bon rappeur ne fait pas forcément un bon acteur, mais au-delà d’un charisme et magnétisme indéniables, Joey Starr a lui un véritable sens du jeu. Et vous arrachera des larmes dans l’une des scènes les plus poignantes du film, où il doit séparer un petit garçon de sa mère, faute de pouvoir les placer dans le même foyer par manque de place.

On pourrait reprocher à Maïwenn de s’être mise aussi en scène, l’une des plus grandes faiblesses du film étant son personnage, qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire si ce n’est de nous montrer une espèce de midinette en plein kiff devant son bad boy. Il semblerait qu’elle-même le regrette d’ailleurs, on lui pardonnera donc. Certains critiques iront aussi la charger sur le côté film réalisé par une bobo de gauche qui met en avant des clichés au travers des personnages : la fugueuse gothique, la mère célibataire larguée, le musulman qui maltraite sa fille, etc., mais derrière ces exemples se cachent malheureusement des vérités et Maïwenn a pris le temps de s’immerger au sein d’une telle brigade pour se rendre compte que tout cela existe bel et bien.

Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, Polisse le mérite donc largement, alternant scènes dramatiques à des moments heureusement comiques, permettant de détendre l’atmosphère d’un film sans cesse sous tension. En cela la fin vous laissera K-O, après une splendide scène d’engueulade entre les personnages incarnés par Karin Viard et Marina Foïs. Les deux comédiennes sont au diapason et nous offrent une de leurs plus belles performances, on reste scotché face à l’intensité dramatique et l’énergie mises dans leur jeu et leurs répliques ! Mention spéciale aussi à Frédéric Pierrot, plus vrai que nature en chef de brigade devant parfois se plier devant sa hiérarchie.

Polisse confirme donc que Maïwenn réalisatrice a un bel avenir devant elle et signe définitivement le film coup de poing de cette rentrée !

[youtube ZCCjGBkXc38 600 350]

Suivre:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *